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Conception et réalisation
de murs peints en trompe-l'oeil
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Le mur peint dans l'Histoire« une fresque du mur peint, rapidement brossée... » Extrait
de mémoire L'Histoire nous montre que la pratique du mur peint est intemporelle et universelle. Mais que recouvre ce mode d'expression ? Comment a-t-il évolué ? Quel sens prend-t-il selon les civilisations, les époques ? Quelles sont ses dimensions utilitaires ? Quelle peut être sa dimension artistique ? A qui s'adresse-t-il et dans quels buts ?... L'histoire du mur peint est une vaste fresque, qu'aucun livre à ce jour n'a encore brossée dans son ensemble. Voici quelques repères, non exhaustifs et parcellaires, un début d'éclairage sur ces questions... A La Préhistoire ( « Le plus vieux métier du monde ? »)PHASE I Tout au fond d'une grotte, l'homme, debout, applique la paume de sa main contre la paroi rocheuse, ses cinq doigts bien écartés, comme pour en prendre possession. La lueur incertaine de sa torche fait danser son ombre au-dessus de lui. Ses narines exhalent une buée épaisse dans l'air glacé et sa bouche achève de malaxer un mélange d'eau, de terre ocre et de charbon. Soudain, il tend son visage vers sa main, pince les lèvres et crache en pluie fine sa salive colorée. Puis retire sa main. Depuis 27 000 ans, cette main noire, dite « en négatif », orne la grotte Cosquer, parmi des dizaines d'autres, occupant toutes les surfaces disponibles, parfois jusqu'à quatre mètres de hauteur. C'est la plus ancienne peinture au monde ayant fait l'objet d'un datage au carbone 14. Elle illustre ce que Jean Clottes, missionné par le ministère de la Culture en 1991 pour une étude scientifique de cette grotte, appelle la phase I. PHASE II Quelque 10 000 ans plus tard (18 000 à 19 000 ans BP), d'autres hommes redécouvrent cette grotte et ses empreintes de mains. Ils tentent d'en effacer certaines, d'en strier d'autres, de les rayer au silex, et les recouvrent d'autres motifs peints : un incroyable bestiaire du paléolithique vient s'immiscer partout où ces hommes peuvent se dresser, se glisser, grimper. Charbon et ocres dessinent, au pinceau cette fois, des chevaux, des rennes, chamois, bouquetins, bisons, cerfs, aurochs, et même des poissons, des pingouins, des phoques... Ici comme à Lascaux ou à Chauvet, et comme dans nombre des 300 grottes étudiées à ce jour, de l'Oural au sud de l'Espagne, l'innovation est multiple : le trait de dessin, le plein de la couleur, la perspective latérale et/ou courbée, le plein et le délié, la volonté d'insuffler l'idée de mouvement par la position de l'animal ou la répétition du motif en décalés, le principe de la frise, l'utilisation des accidents de la roche comme bas-relief, le symbole (points, traits, rectangles colorés...), et même la narration (avec par exemple, « l'Homme tué » de la grotte Cosquer, ou « l'Homme blessé » de Lascaux, étendu au pied d'un bison dont les entrailles pendent, percé par une flèche ...) Bien plus encore, au-delà de la représentation graphique, naturaliste, d'un bestiaire inspiré de la réalité, ces hommes imaginent des animaux hybrides, des humains à tête animale, ... sans compter d'innombrables signes, signifiants ou pas, en tous cas indéchiffrables à nos yeux. Si l'on se doit de s'attarder quelque peu sur cette période préhistorique dans le cadre d'une réflexion sur les murs peints, c'est que les plus anciennes traces volontairement laissées par l'être humain que nous ayons découvertes sont ces peintures pariétales. Avant cela, seuls des témoins accidentels nous viennent de nos lointains ancêtres : principalement des ossements fossilisés et des morceaux d'outils tels des silex taillés, du Néolithique au Paléolithique inférieur. La découverte de ces grottes ornées soulève bien entendu une infinité de questions. Celle qui peut nous intéresser ici est, ni plus ni moins, la question de la « Naissance de l'Art »1. La main négative et toutes ses déclinaisons (autres couleurs, mains aux doigts plus ou moins repliés, mains « positives »...) peuvent sans doute s'apparenter à des traces (comme en laissent les animaux), au mieux à des « signatures » destinées à s'approprier symboliquement le site. (Elles deviendraient alors les ancêtres des tags de nos villes con temporaines !). Les motifs de ce type, ne témoignent peut-être pas d'autre chose que d'inventions de techniques graphiques. Dans ce cas, il semble impropre de parler d'art : aussi émouvante soit leur découverte 30 000 ans plus tard, ces peintures seraient alors « simplement » une forme de trace plus sophistiquée que l'empreinte naturelle d'un pied dans la boue, que le tracé digital d'un doigt dans la glaise, que les stries verticales du silex dans la roche, tous types de traces fréquentes dans les grottes préhistoriques ornées. En cela, les techniques inventées rejoignent les précédentes tels les silex taillés, la lance ou la flèche, prolongements de la main pour améliorer les conditions de chasse, de pêche, de survie. L'acte semble ne pas dépasser la finalité utilitaire, qu'il s'agisse de marquage de territoire de rite magico-religieux ou de toute autre fonction. De tout temps et dans le monde entier, ce geste a existé et existe encore. Des grottes de Las Manos en Amérique centrale, aux mains de bienvenue peintes par les Warlis du Maharastra indien, des décors ton sur ton des actuelles maisons de torchis du Nord ivoirien aux empreintes de mains des stars hollywoodiennes laissées sur Sunset Boulevard..., sans oublier nos propres mains, les premières « peintures » de tous les enfants de maternelle du monde... Elles ne sont que la trace directe de la réalité. Elles ne relèvent pas d'un acte d'interprétation du réel. Tout autre est la portée des peintures animalières qui apparaissent quelque 10 000 ans plus tard. Là, les hommes de l'âge du Renne (L'aurignacien selon l'Abbé Breuil) réalisent une interprétation du monde qui les entoure, posent un regard analytique sur les animaux qui peuplent leur espace de vie et traduisent ces images selon des codes graphiques qu'ils inventent. Leurs interprétations et leurs restitutions sont si justes que 20 000 ans plus tard, nos contemporains, même néophytes en matière de peinture pariétale, distinguent instantanément, pour peu que les peintures soient bien conservées, le bison, le cheval, le chamois, le renne... On ne sait, et ne saura peut-être jamais, le « pourquoi » des ces peintures qui, pourtant réclamaient des efforts de la part du peintre (avant le plaisir éventuel qu'il pouvait tirer du fait de ses réalisations) : effort physique pour s'élever à 3 ou 4 mètres du sol parfois, sans doute porté par d'autres ; effort physique pour graver, pour malaxer les pigments, effort physique pour pénétrer au plus profond des moindres recoins de grottes sombres et potentiellement dangereuses, effort intellectuel pour créer de toutes pièces un « langage » plastique ... Tant d'efforts ne peuvent t-ils s'admettre que s'ils tendent vers un but, remplissent un besoin, une fonction utilitaire : rite magique, transmission de savoir aux plus jeunes (on ne retrouve aucune trace de main d'enfant dans les grottes ornées), support de visions chamaniques, tableau de chasse ? . Ou bien a-t-on affaire à un acte gratuit, ludique, à une recherche de sublimation du réel, d'élévation de la conscience humaine, détachée de tout objectif directement utilitaire ? Ces deux notions ne sont-elles pas d'ailleurs compatibles ? Quelles que furent les intentions de ces premiers hommes, et sans qu'on puisse seulement les deviner, leurs peintures conservent aujourd'hui une puissance évocatrice et une charge émotionnelle immenses qui relèguent leurs supposées fonctions utilitaires au second plan, pour ne mettre en relief, quelque 20 000 ans plus tard, que leur dimension de recherche innovatrice. « Comment ne pas voir la faible portée des intentions particulières à telle œuvre d'art, si l'on envisage la constance et l'universalité de cet objet ?/.../ L'élément isolé ne survit pas, jamais la volonté de prodige ne cesse d'être sensible à celui qui peut négliger l'intention, tombée dans l'oubli » (idem) La volonté de sublimer le réel, avec la représentation peinte du monde extérieur (en l'oc currence du monde animal dont vient juste de se détacher l'être humain) définit, selon G. Bataille, le passage à l'homo Faber, prisonnier encore de son animalité outillée, à l'homo Sapiens, notre égal, libéré du seul utilitarisme pour sa survie, par sa capacité à interpréter, avec recul, le monde réel et à le sublimer dans un univers virtuel, mental, ludique. Ainsi la naissance de l'homme, en tant que notre égal, coïnciderait avec la naissance de l'art en tant que savoir capable d'objectiver la réalité pour mieux la sublimer. « Le nom de Lascaux est le symbole des âges qui connurent le passage de la bête humaine à l'être délié que nous sommes ».(idem, p.20). De ce chapitre sur la préhistoire, deux aspects essentiels nous apparaissent comme fondateurs de l'histoire du mur peint : Le mur peint est la plus ancienne activité artistique, connue à ce jour, de l'être humain Le mur peint, sous forme de peinture pariétale fut l'une des premières activités artistiques de l'être humain, en tous cas la plus ancienne dont nous ayons pu découvrir les traces (car bien entendu on ne sait rient de ce qu'auraient pu être d'autres formes de créations artis tiques liées au langage, à la gestuelle, ou même à d'autres formes plastiques éphémères...) Si l'on excepte quelques (rares) statuettes contemporaines de ces fresques ou à peine plus ancienne qu'elles, (telle la Vénus de L'Espugue), les peintures pariétales sont à ce jour les seules traces existantes des premières expériences artistiques réalisées par l'homme. On y trouve deux types au moins d'utilisation de la technique peinture : -la phase I : des mains tracées au pochoir servent de traces de passage, de sceau s'appropriant l'espace, voire de simples décorations ou de rites magico-religieux. Ces « signatures » sont comparables à un marquage non signifiant, de l'espace, au même titre que les cerfs marquent les limites de leurs territoires en frottant les bases odoriférantes de leurs bois sur le sol. On ne peut, à ce stade et dans l'état actuel de nos connaissances, en déduire une quelconque autre volonté que celles-ci, qui reste attachée à la notion de nécessité et de dépendance au monde extérieur. La technique « peinture » ne sert alors que des objectifs utilitaires. La phase II, celle des représentations d'animaux, (voire d'hommes sur d'autres sites) utilise la technique « peinture » dans des buts qui dépassent consciemment les fonctions utilitaires de la simple survie animale. La peinture sert alors une volonté de séparation, d'objectivation du monde naturel, pour une projection du réel en une image de la réalité. Cette image est passée au filtre de l'interprétation, codée par l'intelligence. La technique « peinture » n'est donc en elle-même qu'un outil, exploitable à divers niveaux, du simple marquage utilitaire jusqu'à la recherche du dépassement de la condition humaine. Ce critère nous apparaît, au fil de l'histoire, comme le principal discriminant entre la peinture murale utilisée comme un art et cette même technique utilisée dans tout autre but (pro pagande, décoration, publicité, marquage identitaire, signalisation...). « Nous ne pouvons dater ces peintures avec une certitude définitive. Mais quelle qu'en fût la date réelle, elles innovaient : de toutes pièces elles créaient le monde qu'elles figuraient. Il y a dans ce sens une secrète parenté de l'art de Lascaux et de l'art des époques les plus mouvantes, les plus profondément créatrices. L'art délié de Lascaux revit dans les arts naissants, quittant vigoureusement l'ornière (ndl) : la convention). Cela se fit parfois sans bruit : je pense à l'art de l'ancienne Egypte, à l'art grec du VI° siècle... Mais rien à Lascaux ne quittait l'ornière : c'était le premier pas, c'était le commencement. » (G. Bataille, p.130) La peinture pariétale comme pratique artistique, marquerait la naissance de l'humanité : Des milliers de philosophes, artistes, sociologues, théoriciens de tous ordres ont tenté de définir, dans des milliers d'ouvrages, ce qu'est l'Art, sans jamais trouver de réponse commune. Les premiers Homo-Sapiens nous laissent quelques indices éloquents : La notion d'art se mêle dès son origine à d'autres plus utilitaires. Mais, le temps passant, ces objectifs utilitaires perdent leurs significations. Ils répondaient à des besoins du moment, ils étaient liés à un contexte historique. En revanche, au-delà des siècles, voire des millénaires, la dimension artistique qui touche à ce que les êtres recherchent de commun à leur humanité, au génie humain, reste source d'émotions partagées, de reconnaissance fraternelle, de sympathie et d'empathie. « C'est de l'homme de Lascaux qu'à coup sûr et pour la première fois, nous pouvons dire enfin que, faisant œuvre d'art, il nous ressemblait, qu'évidemment c'était notre semblable. Si nous entrons dans la caverne de Lascaux, un sentiment fort nous étreint que nous n'avons pas devant les vitrines où sont exposés les premiers restes des hommes fossiles ou leurs instruments de pierre. C'est ce même sentiment de présence, de claire et brûlante présence, que nous donnent les chefs-d'oeuvre de tous les temps. » (idem) Ainsi le temps est nécessaire pour apprécier la valeur d'une œuvre d'art, le temps d'en oublier les fonctions initiales, le temps de mesurer son impact sur une culture, le temps pour finalement voir ce qui lui reste d'essentiel, de sublime, une fois décontextualisée, une fois nue. De cette notion en découle une autre : pour quelques traces conservées des expériences artistiques de tous les temps, dans toutes les civilisations et dans tous les domaines artistiques, combien de milliards de musiques, de chants, de textes, non écrits, non gravés, disparus physiquement à jamais ? Combien de milliards de peintures détruites, de mélodrames et de chorégraphies évanouies ? Où est donc passé ce flot continu de matières, de sens, d'émotions, de savoirs ? On peut avancer que précisément cette richissime matière survit en l'homme, en chacun de nous, inscrite dans la mémoire du vivant, par la culture transmise, voire par l'empreinte laissée dans notre biologie, notre ADN façonné peu à peu par ces acquis devenant innés. L'art a délié l'être humain de ses chaînes naturelles animales, et n'aurait cessé depuis d'alimenter sa culture, voire de remodeler sa nature. Quant au « public » de cette époque, on ne peut bien entendu rien dire. Ces peintures pariétales étaient-elles réservées à quelques initiés, à toute une tribu, ou bien accessibles à d'autres humains « spectateurs » ? Avaient-elles une fonction « sociale » de transmission des savoirs aux générations montantes ? D'affirmation de pouvoir de certains sur d'autres du même clan, ou de clans étrangers ? De rituel religieux, magique ou festif réunissant de nombreux participants ? L'espace de la grotte ornée, qui n'était pas, semble-t-il, l'espace d'habitation de ces premiers hommes, peut-il être considéré comme un espace public ? La notion même de public a-t-elle un sens à cette époque, où l'espace public, extérieur aux grottes, était probablement non différencié de l'espace naturel ? A ces questions aucun anthropologue, aucun scientifique ne peut aujourd'hui apporter de réponse vérifiable. |